La couleur de l'oeil de Dieu

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Changement d’adresse, la couleur de l’oeil de Dieu démènage

Retrouvez tous mes livres, mes activités, la littérature à Paris, le numérique dans le monde francophone sur WordPress @ : http://lebaiserdelamouche.wordpress.com/2011/11/10/rue-saint-ambroise-est-bien-plus-qu%e2%80%99une-revue/

Le Baiser de la Mouche / The Kiss of a Fly

LE SALON MOTSDERNE ET SES CURIEUX (compte-rendu subjectif d’un atelier d’Éric Poindron)

 

Je ne vais jamais dans le 14e arrondissement, mais ce soir, sur une invitation de l’auteur Éric Poindron, je me suis rendue dans une rue proche de la station de métro Alésia avec un nom étrange, rue Loing et j’ai trouvé ça loin. J’avais l’impression d’un Paris inconnu, au bout de ses limites.

Vers 20h, je suis entrée dans un de ces innombrables immeubles pierres de taille parisiens, j’ai pris l’ascenseur et suis arrivée dans un double salon petit bourgeois 19e avec deux cheminées se faisant face et de larges fenêtres donnant sur la rue. Installés au milieu du salon, l’un sur un tabouret de cuisine, l’autre un fauteuil louis XV, Nicolas Gary et Adrien Aszerman, fondateurs du site Actuallité, débatent sur le livre numérique, à la fois à l’aise et empesés dans ce cozy salon vieux Paris. Je m’assois sur un tabouret libre. Christine, la maîtresse de maison, me propose à boire. Je refuse pour ne pas gâcher la concentration dans laquelle se trouve l’assemblée, tandis que l’organisateur de cette réunion littéraire, Éric Poindron, me salue d’un signe fervent sans interrompre les intervenants.


Je passe en revue toutes les têtes, je n’en connais aucune. Je cherche à deviner parmi elles, Julie Proust Tanguy de De Litteris, que j’aimerais remercier de vive voix. Impossible. Alors, j’observe chacunes et chacuns et remarque leurs disparités physiques, vestimentaires et stylistiques. Je remarque aussi sur les murs une série de peintures contemporaines aux géométries variables et couleurs vives. Je me sens très bien très vite et m’engage dans le débat.


Le débat s’achève dans une pause dînatoire. On verse du vin dans des verres, on grignote du pain, du saucisson, du fromage, des tomates cerises… J’apprends que Christine, la maîtresse de maison, est l’auteur des peintures accrochées au mur. L’artiste possède un avantage sur l’auteur : son univers est palpable, donné à voir. Pour voir l’univers d’un écrivain, il faut ouvrir un de ses livres, se plonger dans ses phrases, ses mots…

Je me présente auprès de Julie Proust Tanguy, une fleur rouge retient sa chevelure sur le côté droit. J’enchaîne avec Eric Poindron. C’est un homme carré et rond, échevelé avec une barbichette, dégageant une forte présence douce, un savant à la Jules Verne, mais sans poussière et bien ancré dans son temps. Je suis heureuse de le rencontrer enfin après quelques mois d’échanges sur Facebook. Un visage rond m’attire, j’engage la conversation avec Isabelle Marc, brune intense, mélange de Betty Boop et de Norma Desmond, auteure de micro-nouvelles, dont deux ont été publiées dans la revue Muze.


Ceux qui étaient venus pour le débat sur les nouveaux enjeux numériques quittent l’atelier, nous restons entre auteurs et passionnés d’écrits. Eric Poindron lance une proposition : écrire un papier qui entrerait dans la ligne éditoriale du site Actuallité. Ça ne m’inspire guère, je n’ai pas la fibre journalistique, je n’aime pas l’écriture journalistique, à tel point que je ne lis jamais d’articles dans les hebdomadaires, je me contente de jeter un coup d’oeil aux chapeaux et photos…

Chacun prépare son stylo, une feuille, un cahier. Eric continue, jette des sous propositions comme cela pourrait être la critique d’un livre imaginaire. Cette dernière directive me séduit. Seulement, je me dis que ça me prendrait trop de temps, d’inventer un livre pour ensuite en faire la critique. L’atelier dure 30 minutes. Je suis prête à abandonner, repose mon stylo, observe les autres, plancher, tombe sur un tableau de Christine, une série de rectangles…

Et si je faisais l’interview d’un artiste de mon invention… Me voici lancée ! Nous écrivons sur nos cahiers, sauf Randja qui pianote sur son iphone. Taly Lefèvre, librairie de L’Antre Monde, qui a des airs du lièvre d’Alice au Pays des merveilles, ne se tait pas. Son bavardage traverse notre concentration comme une lame de rasoir sur une feuille de papier. Elle est vive, très animée, habitée, mais incapable de se taire… Elle se réfugie dans le reste de l’appartement.


Temps écoulé. Nous lisons nos textes dans un silence tapissé d’oreilles attentives. Taly est revenue dans le salon. Ce qui frappe chez Eric Poindron c’est la qualité de son écoute. Rien ne lui échappe jusqu’au moindre détail ; un cliché là, une répétition ici. Je suis impressionnée. Je suis une habituée des lectures et je trouve cela toujours difficile et extrêmement fatiguant d’écouter un texte sans l’avoir sous les yeux. La qualité de l’écoute de chacun est remarquable. Chacun accepte avec respect, générosité et curiosité la proposition de l’autre. Il règne une bienveillance naturelle, constructive, nourrie de brefs commentaires et de réactions à chaud.

Je retiens de ce travail d’atelier, une incroyable diversité de textes, de styles, d’humeurs (pourtant partis tous sur les mêmes prémices) et un résultat d’excellence. La qualité de la langue, le choix du vocabulaire, l’expression d’une humeur, d’une émotion, la musicalité de chaque texte me séduit et m’étonne. Je l’exprime et l’on me dit que je ne devrais pas m’étonner, nous sommes entre gens qui écrivent et lisent quotidiennement. C’est vrai, mais je ne peux m’empêcher de continuer de m’étonner…

Récréation de nouveau, j’ai soif, un homme frêle, à la longue barbe blanche et à l’accent sud-américain, me sert un verre d’eau dans la cuisine. Je le remercie et J’échange quelques mots avec Jean-François Lazennec des Éditions Volets verts (qui a participé à l’atelier). Il publie Raymond Roussel, Mon coeur littéraire se réveille d’un bon et comme à chaque fois qu’on parle d’un auteur qui m’a marqué, je n’ai qu’une envie : rentrer chez moi et relire toute son oeuvre.


Cet atelier des Mots et des Curiosités ne vous vend rien (une participation financière est demandée), il vous invite à l’échange, la rencontre avec des passionnés de littérature pour qui le livre papier ou numérique n’est pas un produit de consommation, mais une nourriture spirituelle, offrant un monde réel dans lequel on peut entrer et s’aventurer que l’on soit lecteur, auteur, éditeur ou les trois à la fois.

Plus de 23h, je pars, accompagnée de Jérémie Jemrys Rueff, pâle, le visage long, chevalier blond, auteur de nouvelles fantastiques et de jeux de rôle aux Éditions Les écuries d’Augias. D’Alésia à Réaumur Sébastopol, la station où il est descendu, assis sur des strapontins, nous avons poursuivi notre voyage… Les transports en commun mènent partout.

Photos © Roland Lagoute - Texte © Chris Simon

Pour en savoir plus sur Eric Poindron :

L’ATELIER DES MOTS & DES CURIOSITÉS d’Éric Poindron

Tous les jeudis de 19h à 22h. Renseignements et inscriptions : coqalane@wanadoo.fr

Le blog d’Éric Poindron : http://curiosaetc.wordpress.com/ 

Le site Littéraire de Julie Tanguy Proust : http://www.delitteris.com

Le site Actuallité : http://www.actualitte.com/

Librairie L’Antre Monde, dirigée par Taly Lefèvre : www.antremonde.com

Photographies de Roland Lagoute  : http://www.rolandlagoutte.fr

Les livres de Chris Simon :

La couleur de l’oeil de Dieu, e-book : http://www.amazon.fr/couleur-loeil-Dieu-ebook/dp/B0051OEM5E/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1318921415&sr=8-1

http://itunes.apple.com/fr/book/id438885363?mt=11

Le baiser de la mouche : http://www.edkiro.fr/le-baiser-de-la-mouche/

Oct 9

Le reliure numérique, l’écriture et la mort

La reliure numérique n’est pas seulement une stratégie commerciale, qui vise à disséminer un texte en une multitude de chapitres, dont l’éditeur offre la lecture éclatée sur son site internet qu’il rassemble ensuite dans un fichier (disponible après achat); c’est aussi, et peut-être surtout, une manière d’inscrire le texte dans une circulation et une relation qui l’altèrent positivement (ou non) et lui offrent, en tout cas, une autre vie.

Le découpage/collage

Choisir en effet un chapitre, qu’on extrait d’un livre, c’est d’abord s’assurer qu’il circulera, notamment sur les réseaux socionumériques et son site (telle est par exemple la stratégie de NumerikLivres); c’est donc, comme l’homme aux ciseaux, découper le texte selon une logique propre, qui révèle les intentions, si l’on devait – et il faut le faire – analyser les contours de la découpe, de cet homme et de son travail d’extraction. Car d’un réseau social (Facebook, Twitter et cie) à un autre (Babelio, Goodreads et cie), d’un réseau généraliste à un réseau spécialisé, de son propre site à celui d’un confrère, le lectorat-cible n’est certes pas le même, mais l’écriture même du réseau (son environnement textuel) diffère. Par conséquent, un travail de découpe (bien pensé) fait du découpage/collage une écriture à part entière.

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Une écriture de la circulation

Choisir-découper un chapitre, c’est donc également veiller à son inscription dans un régime éditorial (le site internet de l’éditeur ou du réseau) différent de l’application (iPad, par exemple) qui permet de lire le texte. Ce n’est alors déjà plus tout à fait le « même » texte qu’on lit, comme l’environnement de lecture (ou « paratexte »/geste éditorial, ce qu’il y a autour du texte – mais à bien des égards , on peut considérer que l’autour est bien ce texte même, sans lequel il n’existerait pas; il n’y a pas de texte « pur » et tout texte se pense dans un imaginaire du texte); l’environnement, donc, détermine la manière de lire ce texte.

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La stratégie éditoriale (et commerciale) de l’éditeur consiste alors à jouer sur le centre mobile du texte (qui existe bel et bien : c’est son geste, différemment répété) et ses périphéries ou plutôt : sur les « lieux » « sur » lesquels s’exercera cette lecture (les guillemets traduisent la difficulté de se passer des métaphores spatiales que nous utilisons pour parler de nos lectures). Autrement dit  : il ne va pas seulement chercher les lecteurs « là » « où » ils se trouvent (réseaux socionumériques); il détermine, dans le choix même du texte, une présence de la circulation, révèle qu’une circulation était tapie dans ce texte, que le texte écrit avait (peut-être) été pensé dans cette circulation et qu’il existe au moins une écriture de la circulation.

De cette circulation, l’éditeur garde toujours le contrôle. NumerikLivres, toujours, depuis Facebook, éditorialise bien un statut qui comprend une présentation d’un essai sur la BD numérique, mais le lien proposé renvoie vers son site internet ou vers un texte encapsulé dans un lecteur (Calaméo) qu’il a choisi parce qu’il répondait à son souci de visualisation-rééditorialisation du texte. Ainsi, donc, l’écriture de la circulation n’est pas qu’une écriture de l’insertion du texte dans un autre dispositif mais une réécriture des différents objets (titre d’un chapitre, d’un extrait) susceptibles d’être mis en circulation.

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Le texte, une construction sociale qui défie la mort

Compris ainsi, le texte apparaît comme une construction sociale qui ne saurait se départir des conditions matérielles (ou « empreinte de la technique« ) dans lesquelles il prend forme (application iPad, site internet), qui l’informent de sa nature et des imaginaires sociaux indispensables (« un chapitre, c’est court ») qu’il convoque pour circuler, pour s’assurer d’une transmission tributaire d’une écriture et d’une pensée de la circulation qui dit, je crois, ses efforts pour repousser l’oubli et accueillir la mort.

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Car en invitant ses lecteurs à commenter les extraits qu’il diffuse, s’appuyant par ailleurs judicieusement à moindre frais sur les outils du réseau (Facebook), l’éditeur les invite implicitement à activer, par leurs annotations, le rituel même de la commemoration, à laquelle oblige l’écriture des moteurs de recherche avec leur référencement. Annoter, c’est donc bientôt, en laissant une trace de son passage, activer la circulation du texte et l’effort de l’éditeur, semblable à ce haut dignitaire égyptien qui demandait aux scribes de venir apposer des graffitis sur sa tombe, pour activer son propre souvenir et celui des textes qu’il porte, dont les différentes entrées sur Facebook révèlent, en plus d’une stratégie marketing de l’attente, en plus d’une façon de rendre compte de manière informelle du travail de l’éditeur, de sa propre temporalité (« on propulse dans une semaine« ) écrite dans un flux dont il cherche à fixer le cours.

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LES CAFÉS LITTÉRAIRES D’AUJOURD’HUI, Série : Tout est littérature

Big Sur, Californie, Route One, 2011.

Notre jeep de location zigzague le long de la côte contre un relief montagneux. De la vitre fermée, je remarque une enfilade d’échalas, au diamètre imposant et à l’écorce gercée que les Californiens appellent communément “redwoods”. Je suis fascinée autant par les falaises plongeant à pic dans le Pacifique que par ces larges troncs écorchés vifs que je suis du regard jusqu’à la cime. Majestueux, dressés au-dessus de nos têtes comme les piliers d’une cathédrale ni romane ni gothique, ils laissent pénétrer à travers leurs branches courtes et touffues les rayons d’un soleil brûlant.

L’écorce rougeâtre et lacérée donne l’impression qu’une peau leur fait défaut et qu’au fil des siècles, chaque arbre a continué de grandir ; chacun puisant de l’intérieur sa force et son courage pour atteindre cette inimaginable largeur et vertigineuse hauteur.

Arrivées à notre point de chute, mon amie Margaret et moi, descendons dans la cabane, que nous avons louée, et tandis que nous foulons le lit de branches mortes et d’épines entre les troncs à vif, le mot scientifique surgit : sequoia.            

À l’intérieur, la lumière de fin d’après-midi rampe par les fenêtres et tombe sur le dessus de lit puis sur une partie du plancher comme un couperet d’or. 

Sequoia.

Le mot révélé ; la photo en couleur d’un livre français de géographie m’apparaît. Vingt personnes se tenaient la main, têtes et corps appuyés sur le tronc et formaient une ronde, afin d’en souligner l’étonnant diamètre…

Sequoia. Le mot me poursuit avec son lot d’images, d’odeurs et de sons.

Je sors de la cabane, approche un des troncs, propose à mon amie, Margaret, de me prendre en photo et remets à plus tard la vérification dans le dictionnaire de l’exactitude de cette révélation : sequoia et “redwood” noment le même arbre.

Ma première nuit dans une forêt de séquoias m’emporte dans un sommeil profond et ténébreux, au silence quasi religieux, dans lequel le petit torrent derrière notre cabane se fraie sans relâche une voie de cristal.

Matin brumeux. Séquoias fantomatiques. Cris de corbeaux. Entre les troncs lacérés, de géantes fougères battent au vent glacial. La cabane sévèrement ombragée nous fait l’effet d’une chambre froide. Il fait au moins 15 degrés Celsius de moins que sur la côte Est que nous avons quittée la veille. En quelques minutes nous nous habillons et sautons dans la jeep. Direction la bibliothèque (Henry Miller Library Memorial) où nous espérons lire nos mails, les points de connections téléphoniques et Wi-Fi étant rares et aléatoires dans la région.

Après une quinzaine de minutes de route dans un brouillard de plus en plus épais, nous garons la jeep sur le parking de la bibliothèque ; et, ipad sous le bras et sans appareils photos, nous poussons le portail de bois (vous trouverez  des photos du lieu sur le site de la bibliothèque. L’ipad étant nouveau pour nous, nous n’avons même pas eu la présence d’esprit d’utiliser sa fonction photo !)

La bibliothèque tient dans une large maison en bois non chauffée, ouverte sur une terrasse. À l’intérieur, un homme de 30 ans, en bonnet de laine, lit derrière un comptoir. Des tables offrent des livres ouverts sur la vie et l’œuvre d’Henry Miller et d’écrivains amis, ou pas, de sa génération. Les murs affichent des photos de l’écrivain jeune, l’écrivain mature, l’écrivain vieux.

Margaret s’installe à une table sur la terrasse, se connecte tandis que je nous sers deux cafés gratuits tout en admirant un gros chat gris aux longs poils, dormant entre le dos d’une chaise et celui d’une jeune femme courbée sur son ordinateur, vêtue d’une chemise à large carreaux, d’une écharpe et de tongs. Je frissonne dans mon polo et, dans l’espoir de me réchauffer, je fais le tour de la maison tasse fumante à la main.

Sur les murs extérieurs, d’autres photos de l’écrivain, ses amis et deux enfants blonds, un garçon et une fille d’une dizaine d’années, halés et sublimes qui ne font qu’un avec le paysage et la lumière dorée. Je m’étonne, m’interroge, lis la légende. Ce sont les enfants qu’Henry Miller a eu avec sa quatrième femme, ici, à Big Sur où il s’est installé dans les années 40 après de longues années passées à Paris, quand Paris était la Littérature. Miller papa ? Une image de lui qui ne vient pas de suite à l’esprit. Pourtant, pendant une quinzaine d’année, Miller et sa quatrième femme ont vécu sur cette côte avec leurs enfants, puis il a rencontré sa cinquième  femme… Cette information me donne envie d’en savoir plus sur ses enfants, Tony et Valentine Miller, je vous laisse les “googler” à votre tour…

Je me demande aussitôt quel rapport ou lien on peut tisser entre le Paris des années 30 et le Big Sur des années 40. Miller s’est installé en Californie à l’âge de 51 ans. Sur quelles bases l’écrivain des villes (Miller est né et a grandi à New York) a tenté une vie sur une côte extrêmement sauvage, hostile et isolée du monde avec une seule route encore qui y mène en 2011 ?

Dans les toilettes, je découvre d’autres photos dont une d’Henry Miller, vieillard assis. Debout, derrière lui, une femme de 30 ans l’étreint avec tendresse et fixe l’objectif. Tous deux regardent le photographe avec complicité. J‘ai l’impression qu’ils me regardent et me connaissent. Cela crée une intimité inattendue. Je me dis que l’homme aimait les femmes et que les femmes aimaient l’homme. Miller a un regard gai, heureux. Il semble extrêmement vivant. La jeune femme a conscience de sa beauté, de l’effet de sa jeunesse sur le vieillard ou sur le photographe. Je me demande quelle relation le photographe avait avec chacun d’eux. Était-il un ami de Miller ? Un ami de cette femme ? Cette femme était-elle la femme du photographe ? Je me demande de quelle  nature était leur relation… La légende ne le dit pas. À ce point précis, le champ littéraire s’ouvre…

Quand je reviens des toilettes, Margaret me tend l’ipad et engage la conversation avec une jeune femme. Elle se marie demain, ici même. La cérémonie, le dîner et la fête se dérouleront dans le spacieux jardin boisé de la bibliothèque. Je tape SEQUOIA dans la fenêtre de recherche. De l’autre côté de la terrasse, Margaret caresse le chat aux longs poils, demande si c’est un Maine coon. La jeune femme, qui a abandonné la chaise et son ordinateur, lui répond du comptoir. Non, c’est un chat des forêts norvégiennes. Des troncs gigantesques à l’écorce rougeâtre et déchiquetée apparaissent sur mon écran… Je contemple le jardin embrumé : troncs gigantesques à l’écorce rougeâtre et déchiquetée… Je ressens une troublante synchronisation entre mon écriture et ma vie, mon environnement virtuel et réel se répondent. Étymologie : de Sequoyah, nom d’un Indien Cherokee qui a inventé l’alphabet Cherokee.

La brume se dissipe lentement autour de moi. Je me connecte sur mon compte iTunes, le nombre journalier des téléchargements de mon premier e-book s’affiche.  Je me dis que Miller aurait apprécié les outils dont bénéficient les auteurs en 2011, qu’une bibliothèque personnelle comme l’ipad ou un lieu dédié à Henry Miller valent autant que les cafés et salons du Paris littéraire des années 30, sinon plus. L’Henry Miller Memorial Library me permet de me connecter d’un ipad ou d’un ordinateur à toutes les bibliothèques et communautés littéraires du monde, de twitter et de raconter, d’être ici et ailleurs… Mais, elle fait plus encore, elle me plonge dans la vie et l’oeuvre d’un auteur, d’une époque ; m’invite à la lecture, à l’échange et à l’écriture autour d’un thé ou d’un café. Au fond, elle me propose de repenser le rapport entre écrivains et littérature, écrivains et environnement.

Je n’ai pas rencontré la majorité des écrivains contemporains que je connais dans les cafés, mais sur le net, via les groupes d’écritures et les réseaux sociaux. La bibliothèque d’Henry Miller prolonge cet espace virtuel de rencontres littéraires et propose un modèle en synchronisant réalité et virtualité des êtres et des choses. En moins de deux heures, j’ai revisité l’époque de Miller et des écrivains de sa génération, médité sur sa vie et sur sa relation à l’écriture et la littérature, me conduisant à réfléchir aux miennes ; j’ai appris que Big Sur avait été habité par la tribu des indiens Esselen ; j’ai amorcé la genèse de ce texte autour d’un café, bavardé avec les gens qui forment la communauté de Big Sur ; et finalement, j’ai appris que Lili, 12 ans, le chat de Margaret, n’est pas un Maine coon comme on le croyait, mais un Chat des forêts norvégiennes. La connaissance possède de multiples canaux, créés par le hasard de la vie et cultivés en fonction du degré de curiosité des êtres, un lieu comme ici en est un.

À l’ombre brumeuse des séquoias californiens sur la terrasse, je contemple leurs troncs. L’aspect écorché vif suggère une vulnérabilité qui m’émeut. Comme un séquoia, je dois cultiver un état permanent de vulnérabilité, de porosité envers le monde qui m’entoure et, comme lui, je m’efforce de grandir de l’intérieur avec toute la force et le courage que je puise au jour le jour…

 Je ne sais pas si je relirai les livres d’Henry Miller que j’ai déjà lus ou si je lirai ceux que je n’ai jamais lus, pourtant je suis curieuse de vérifier si son univers littéraire me séduirait encore aujourd’hui… Cette petite bibliothèque dédiée à sa mémoire est magique, bien que Miller n’y ait jamais vécu. Elle appartenait à un de ses amis. Miller y venait en ami, c’est en amie que je la quitte avec cette pensée en tête : les réseaux sociaux comme Twitter pourraient bien être l’équivalent des cafés littéraires d’antan et, ce genre de bibliothèques, des temples où la littérature et la vie, le virtuel et le réel, ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas encore ne font plus qu’un.

Cet après-midi, nous foulerons les étroits chemins le long des falaises escarpées d’où nous contemplerons les escadrons de pélicans remonter vers le nord, l’otarie nager avec bonheur, les hirondelles raser les coquelicots orange vif dont les pétales vibrent sous les rayons tranchants. Et je continuerai d’écrire…

Pour en savoir plus et connaître les activités de la bibliothèque :

http://www.henrymiller.org/index.html

http://blog.henrymiller.org/

Pour découvrir les livres de Chris Simon :

http://www.edkiro.fr/le-baiser-de-la-mouche/

http://itunes.apple.com/fr/book/id438885363?mt=11

UNE SEMAINE DE LECTURE AVEC UN IPAD

Mercredi 30 juin. Je viens d’atterrir à NYC. Mon amie, Margaret, m’emmène à la boutique Apple de Prince Street, tout excitée. Promotion sur les ipad : on peut en essayer un pendant 15 jours sans obligation d’achat. Au bout d’une heure d’explications et d’installation avec un vendeur, Brandon, sympathique et patient, nous repartons un ipad2 sous le bras, équipé des applications et sites tels que Facebook, Google maps, Huffington Post, Epicurious, NYtimes, the Weather Channel, et bien sûr l’app iBooks dans laquelle mon amie a téléchargé immédiatement mon premier e-book, un recueil de nouvelles, intitulé : La couleur de l’oeil de Dieu. Brandon trouve ma publication “Awsome” et regrette que le livre soit en français !

La tablette est superbe, légère, ergonomique et vraiment simple à utiliser. L’écran tactile offre une taille très confortable pour la lecture, alors toute cette semaine, je me suis mis à explorer l’iTunes Store en quête de livres francophones. J’ai écarté les titres papiers copies numériques des catalogues des grandes maisons d’éditions, les classiques, avec une couverture jaune pâle peu attrayante, publiés en grande partie par le Gutenberg Project, vous les trouverez facilement.

J’avais envie plutôt de rechercher une littérature d’aujourd’hui. J’ai focalisé ma recherche sur les livres édités exclusivement en numérique et par des auteurs contemporains. Ma sélection et mes critères se sont portés sur des textes courts, poésies, nouvelles… Au gré de mes goûts littéraires.

Ce qui frappe sur iTunes France c’est le nombre limité de nouveaux livres et d’auteurs indépendants en français. Cependant Il y a déjà de bons livres, c’est-à-dire des livres que j’ai eu envie d’acheter après lecture d’un extrait. En voici quelques-uns :

Dans le catalogue Publie.net, une coopérative d’auteurs créé et dirigé par François Bon et dont les livres coûtent de 0.99 à 4.99 euros, nous avons aimé côté poésie : C’est encore l’hiver d’Éric Dubois, Une pie d’Hélène Sanguinetti ; côté prose courte : Moteur à os de Marc Pautrel, Accident de personne de Guillaume Vissac, le résultat d’un projet littéraire original : écrire des fragments de 140 signes (longueur maximale d’un twitte) et les twitter à heures fixes tous les jours. J’ai aimé Après le livre, un essai de François Bon sur le livre numérique, réflexions sur les nouvelles perspectives et champs qu’il ouvre.

Dans le catalogue de Numeriklivres, un éditeur 100% numérique dont le prix des livres varient de 2.99 à 11.99, je retiens Fictions et Confidences de Nicolas Bleusher, L’homme est un mâle comme les autres de Pierre Cinq-Mars et De la bibliothèque à la bibliosphère, un essai de Lorenzo Soccavo, avec, oh surprise, une préface de François Bon, qui définitivement me donne envie d’acheter le livre, car tout ce qui se dit et s’écrit autour du livre numérique m’intéresse…

Ces deux catalogues proposent aussi des romans et différents genres : policiers, fantaisie, Science-fiction…

Ce qui me plaît dans mes recherches, c’est de découvrir et de réaliser que je connais pas mal d’auteurs du numérique pour les avoir rencontrés dans des ateliers d’écritures, à des lectures, pour les avoir lus au fil des blogs ou des revues dans lesquelles mes textes ont été publiés ou pas, ou tout bêtement croisés à travers les réseaux sociaux tels que Twitter, Linked-in  et Facebook.  De pouvoir acheter leurs livres si facilement était impensable il y a quelques années.

Pour finir, j’ai cherché des auteurs indépendants. Là encore, j’ai limité ma recherche, à la nouvelle cette fois, forme que j’aime lire et que je pratique. Les prix s’échelonnent de la gratuité à 0,99 et plus… J’en ai trouvé peu, étonnant quand on sait que cela coûte bien moins cher pour un auteur que de s’autoéditer en version papier. Nous avons aimé toutes les deux : Contes de portes marocaines de Leïla Chellabi (Gratuit).

Je retiens Le doigt de l’historienne de Ray Parnac (6.99 euros), la première nouvelle est à télécharger gratuitement, pour vous donner envie.

Nous nous sommes vraiment bien amusées.

Maintenant c’est à votre tour d’explorer les livres de ces nouvelles maisons d’éditions numériques, de ces auteurs indépendants contemporains, de les lire et de les recommander à vos proches…

Quant à Margaret et moi, il ne nous reste que quelques jours pour acheter et finir de lire ces livres… L’essai gratuit du ipad2 expire bientôt !

Tous les livres mentionnés sont téléchargeables d’un iphone, ipad, ipod touch via iTune ou iBooks, et pour la majorité d’entre eux d’un Kindle sur Amazon.

Pour en savoir plus sur :

Publie.net : http://www.publie.net/

Numeriklivres : http://numerikmedias.com/librairie/

Pour en savoir plus sur Chris Simon :

http://itunes.apple.com/fr/book/id438885363?mt=11

http://lebaiserdelamouche.tumblr.com/

100% numérique

La couleur de l’oeil de Dieu est 100% numérique. Qu’est-ce que ça veut dire ce 100% ?

Ça veut dire qu’il n’y a pas d’édition papier, que le livre a été conçu pour être un e-book et être diffusé sur tout support qui ouvre ses portes aux auteurs pour joindre leurs  lecteurs. La couleur de l’oeil de Dieu n’a jamais été proposé à une maison d’édition (ni papier, ni numérique), le livre est né d’une envie de ma part d’explorer un nouveau champ, d’ouvrir une connection avec des lecteurs dans un rapport nouveau, de s’aventurer dans un domaine que je ne connais pas, et qu’en fait personne ne connaît encore vraiment… Et c’est exactement ça qui fait de cette aventure, une aventure éditoriale inédite et envoûtante.

Avec ce livre, je tente d’ouvrir une voie, repenser la relation auteur/lecteur, lecteur/auteur. Comment on se rencontre ? Comment le lecteur trouve son/ses livre(s), comment l’auteur trouve son/ses lecteur(s).

J’invite tout lecteur/toute lectrices de LA COULEUR DE L’OEIL DE DIEU à s’exprimer, à donner son avis sur iTunes ou ici, à partager sa lecture du livre, à poser des questions, échanger sur ce blog…

Pouvons-nous réinventer le rapport auteur/lecteur ? Ce nouvel outil nous permettra t-il d’envisager un rapport différent ?

Un auteur, c’est d’abord un lecteur.

Téléchargez gratuitement d’un iphone, ipad ou ipod touch :

Visualisez le livre : http://itunes.apple.com/fr/book/id438885363?mt=11

L’aventure e-book 2011

Dans un article traitant de l’e-book des années 2000 (40ans de e-book), Marie Lebert s’appuie sur les expériences de quelques auteurs. Actua Litté :   http://www.actualitte.com/dossiers/1516-celebrer-ebook-auteurs-ventes-livres.htm

J’ai relevé ce commentaire d’un des auteurs qu’elle site,  Frederick Forsyth :
” La publication en ligne sera essentielle à l’avenir. Elle crée un lien simple et surtout rapide et direct entre le producteur original (l’auteur) et le consommateur final (le lecteur), avec très peu d’intermédiaires. Il est passionnant de participer à cette expérience. “

En effet le e-book change la relation de l’auteur avec ses lecteurs. Grâce aux nouvelles technologies, qui simplifient et accélèrent le rapport auteur/lecteur, c’est un lien direct qui émerge et qui ouvre à une nouvelle exploration de la relation et nous conduit à redéfinir les rapports auteur/lecteur…

C’est une des raisons pour lesquelles j’ai ouvert ce blog, pour explorer avec vous, lecteurs de mon premier e-book cette nouvelle relation qu’ensemble, nous devons inventer…

Téléchargement GRATUIT du livre d’un iphone, ipad, ipod Touch sur iBooks Store.

Visualiser La couleur de l’oeil de Dieu @ http://itunes.apple.com/fr/book/id438885363?mt=11

Mon premier ebook : La couleur de l’oeil de Dieu

Cela fait cinq jours que j’ai lancé mon premier e-book, tous les jours je regarde le nombre des téléchargements de la vieille. C’est à la fois une source d’anxiété et de satisfaction. Anxiété, parce que je redoute un 0 dans la colonne de téléchargement ; satisfaction, quand  je constate qu’hier, et ce depuis deux jours, j’ai entre 3 et 11 téléchargements/ jour.

Je respire, je me dis que le livre vit, qu’il est lu et c’est exactement ce que je veux en tant qu’auteur. Quelle aventure !